Histoire : Du capitalisme au réformisme... Ou, réforme ou révolution.

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Histoire : Du capitalisme au réformisme... Ou, réforme ou révolution.

Message  Marx (M) 68 le Sam 25 Juil - 17:14

Autre sujet digne d'interet, la relation qu'il y a entre le réformisme et le capitalisme. Et qu'entendons nous par réformisme au juste ? Je sais, c'est trés long, mais cette vulgarisation vaut vraiment le coup.

REFORME OU REVOLUTION :

Le système capitaliste, dans lequel nous vivons à l'heure actuelle, et que nous cherchons à renverser pour une société socialiste, sans classes, sans exploitations ni oppressions, n'est pas aussi ancien que l'humanité, et ne sera pas éternel.
Le but de l'exposé suivant est de chercher à comprendre quel est le fonctionnement du système capitaliste, comment est-il né et s'est-il développé, et de réfléchir aux différentes stratégies et tactiques que le mouvement ouvrier s'est posé et se pose pour le mettre à bas.


I Naissance et développement du capitalisme :
Précédé par une accumulation primitive de capital au sein des principales puissances économiques de la fin du Moyen-Age et de la Renaissance (France, Espagne, Portugal, Pays-Bas, principautés d'Italie, Angleterre), grâce au développement du commerce et à la naissance des banques, le système capitaliste prends son essor aux XVIe et XVIIe siècles en Angleterre, à travers le mouvement des enclosures.
Les enclosures marquent la naissance d'une agriculture capitaliste, à travers la fermeture par des clôtures de champs auparavant propriété communales et sur lesquels les paysans pouvaient librement travailler et faire paitre leurs élevages. Les champs sont fermés, divisés, et des droits de propriétés privée sont émis dessus par les aristocrates transformés en propriétaires terriens qui en tirent des profits. Cela entraîne appauvrissement massif des paysans, exode rural et entassement dans les villes et leurs abords, où sont crées les premières manufactures et industries (filage et mines notamment).
Cela explique que l'Angleterre a connu sa Révolution Industrielle à partir de 1750, environ un siècle avant la France et les États-Unis
Un autre évènement fondateur est la Révolution Française, qui en 1789 mets à bas la monarchie et le pouvoir héréditaire de la noblesse, et permets à la bourgeoisie, classe représentant l'élite intellectuelle et marchande des villes, et qui possédait déjà l'essentiel du pouvoir économique, via les banques et le commerce, de s'emparer du pouvoir politique, en s'appuyant sur des révoltes populaires et paysannes massives.
Le XIXe siècle voit donc l'exode rural et l'urbanisation se poursuivre, avec également l'invention de la machine à vapeur qui permets à l'industrie de faire des progrès technologiques énormes .
Parallèlement à la prise du pouvoir par la bourgeoisie, la mise en place des premières usines aboutit à la concentration et à l'émergence d'un nouveau sujet, une nouvelle classe, le prolétariat.
Concentrés dans les mêmes lieux de travail, entassés dans les bidonvilles de Londres, Paris, New-York, tous soumis à une exploitation brutale et inhumaine ( femmes enceintes, enfants de 6 ans dans les mines et les ateliers de tissage), et dépossédés de leur outil de travail (au contraire des petits paysans, qui depuis la fin du servage, pouvaient posséder un lopin de terre et leurs outils pour cultiver), cette situation relativement homogène provoque les premières luttes ouvrières : dés 1789 de manière embryonnaire, en 1811-1812 avec les luddistes en Angleterre, les Canuts de Lyon entre 1831 et 1849.
Ces révoltes donnent naissance aux premières organisations ouvrières : Trade-Union Congress britannique (1868), Knights of Labor (USA en 1869), Première Internationale en 1864, SPD (Allemagne, 1875)
La fin du XIXe siècle voit un accroissement économique important, notamment du aux profits rapportés par le colonialisme. Les luttes ouvrières permettent aussi d'arracher des droits sociaux et démocratiques (droit de grève, de se syndiquer, suffrage universel masculin dans certains pays, diminution du temps de travail, interdiction du travail des enfants).


II La naissance du réformisme :
La conjonction de ces phénomènes et l'élection des premiers représentants d'organisations ouvrières au sein des parlements et institutions (dés 1871, les socialistes allemands ont des députés) va amener les premières théorisations du réformisme, ainsi que leur mise en pratique, en contradiction avec les théories de Marx et Engels sur la nécessité d'une révolution ( même si leur réflexion était nécessairement inachevée).
Le réformisme part d'une idée simple : les travailleurs vivent en régime capitaliste, ils doivent accepter le cadre général de la société, mais se battre contre les abus et pour améliorer leurs conditions de vie et de travail.
Cette idée va se donner une forme organisationnelle, lorsque certains dirigeants socialistes allemands, notamment Eduard Bernstein à la fin des années1890, vont théoriser l'idée que l'ont peut arriver au socialisme, à une société sans classes et sans exploitation, par voie graduelle, grâce à des réformes graduelles du système capitaliste, en gagnant la majorité électorale et en la conjuguant avec l'action syndicale, le développement économique continuel du capitalisme devant réduire les contradictions sociales, et à terme, de manière linéaire, les supprimer.
La base matérielle de ces théories va s'appuyer sur un détachement progressif des dirigeants de ces organisations par rapport à leur base ouvrière, grâce à de meilleures conditions de vie en tant que députés ou élus et un temps plus important consacré aux débats dans les institutions et aux négociations avec le patronat et la bourgeoisie.


III L'impasse du réformisme :
Le premier grand retournement se produit donc en 1914.
Pour s'être opposé à la marche à la guerre entre les puissance impérialistes, Jean Jaurès est assassiné
le 31 juillet. Alors qu'ils déclaraient qu'ils s'opposeraient à la guerre par la grève générale, les dirigeants de la SFIO et de la CGT se rallient le 5 août à l'Union Sacrée, se rangent derrière leur impérialisme et rompent avec leurs principes internationalistes, pour envoyer des millions d'ouvriers à la mort face aux ouvriers et paysans allemands.
La majorité des partis de la IIe Internationale, à l'exception des sections Serbe, Russe et Américaine, acceptent de mener la Première Guerre Mondiale.
Cela va amener à l'explosion de cette internationale et à la naissance, à la suite de la Révolution Russe, des partis communistes.
La trahison majeure que constitue le ralliement à la Première Guerre Mondiale montre que dans des situations aussi graves, s'en remettre aux institutions existantes, qui sont celles de la classe capitaliste et impérialiste, équivaut à renoncer de changer la société. Le seul moyen de s'opposer au déclenchement d'une guerre est d'être conséquent et d'oser assumer une confrontation avec la classe dirigeante, y compris en allant jusqu'à paralyser les approvisionnements militaires par la grève générale, en se déclarant solidaire des travailleurs des autres pays, et de ne pas compter sur le pacifisme, la légalité, les élections, la police. Parce qu'elle était déjà trop intégrée aux institutions et qu'assumer une telle confrontation lui était impossible, la sociale-démocratie n'a eu d'autre choix que de céder aux pressions guerrières et nationalistes.
C'est la base sur laquelle repose l'idée que réformer le système capitaliste est impossible.

D'autant plus que de nombreux exemples montrent que lorsque ses intérêts sont remis en cause et que son pouvoir est menacé, la classe capitaliste est prête s'il le faut à outrepasser ses propres lois et règles démocratiques, quitte à provoquer de grands massacres :

Déjà au moment de la Commune de Paris en 1871, le pouvoir et la classe dirigeante, qui ont eu peur de l'extension révolutionnaire, massacrèrent 30 000 parisiens en une semaine plutôt que de risquer de tout perdre.

La Révolution Russe d'Octobre 1917, menée par plusieurs millions d'ouvrier et paysans en armes, ne fit qu'une dizaine de morts. Mais la Guerre Civile, menée entre 1918 et 1921 par 17 armées occidentales et les partisans du tsar déchu, fit plus de 7 millions de victimes (famines, massacres)

En 1927, une révolution ouvrière déclenchée en Chine, à Shanghai, fut écrasée dans le sang par les nationalistes du Guomindang, représentants des intérêts des propriétaires terriens et des marchands.

En 1936 en Espagne, une révolution ouvrière et paysanne, avec autogestion de régions entières, récupérations des usines, des terres, constitution de pouvoirs ouvriers au sein de comités de base, fut confrontée à un coup d'État fasciste. La majorité des travailleurs et les organisations révolutionnaires (anarchistes de la CNT, marxistes du POUM) étaient bien décidés à abattre le système capitaliste et la base sociale sur laquelle les putschistes reposaient (propriétaires terriens, patrons d'usines, Eglise, armée). Mais ils furent battus et écrasés par les réformistes, socialistes et staliniens, qui considéraient qu'il fallait d'abord gagner la guerre sur un plan strictement militaire, et que la révolution attendrait. Le tout afin de pas pas porter atteinte aux accord internationaux liant l'Espagne aux puissances impérialistes, notamment la Grande-Bretagne et l'URSS de Staline. Et les franquistes gagnèrent la guerre...

En 1944 en Grèce, les partisans communistes libérèrent le pays de l'occupation nazie, et finirent par contrôler 90 % du pays, avec constitution d'embryons de pouvoir populaire et autogestionnaires. Mais sous les ordres de Staline, qui ne voulait pas porter atteinte aux accords de Yalta, stipulant que la Grèce était dans la sphère d'influence occidentale, le Parti Communiste Grec rendit les armes, laissa les troupes britanniques reprendre le contrôle et accepta le retour de la monarchie, qui arma des milices fascistes et écrasa le mouvement ouvrier.

En 1965 en Indonésie, le Parti Communiste, fort de 3 millions de militants (le plus puissant au monde après le Parti Soviétique), ne fit pas ce qu'il faut, y compris en armant ses militants, contre un coup d'État qui s'annonçait, soutenu par les Etats-Unis. Le PC continua à soutenir le régime nationaliste de Soerkarno, jusqu'à ce que le coup d'État ait lieu en septembre 1965, et aboutisse à l'une des plus grande tueries de l'Histoire. Le PC, qui avait refusé toute confrontation avec la classe capitaliste, fut décapité, et 500 000 personnes assassinées en quelques semaines.

Un des exemples les plus connus est celui du Chili. Entre 1970 et 1973, le gouvernement du socialiste Salvador Allende mit en œuvre une politique radicale, de redistribution des richesses, réforme agraire, amélioration sensible des droits des travailleurs, nationalisations.
Mais pensant sincèrement arriver au socialisme par cette voie, refusant de sortir des institutions légales, Allende ne prépara pas les travailleurs et le mouvement ouvrier à se défendre et à se mobiliser contre le Coup d'Etat du 11 septembre 1973. Le Parti Communiste Chilien allant même jusqu'à désarmer les Cordons Industriels (comités d'usines) qui avaient commencé à le faire. Le Coup d'Etat écrasa le gouvernement et tua Allende, et ce fut la dictature pendant 20 ans. Au nom du pacifisme et de la légalité …

Ces exemples, et bien d'autres, montrent que l'idée de révolutionner la société n'a rien à voir avec un quelconque fanatisme, jusqu'au-boutisme ou goût de la violence , mais plus pragmatiquement dans certaines situations à une nécessité vitale d'auto défense et de survie pour les travailleurs et leurs organisations, face à une menace telle qu'un coup d'État militaire, un danger fasciste ou une guerre
A certaines périodes, laisser intactes les institutions existantes amène à accepter la perpétuation de la domination capitaliste
Alors que pendant des situations révolutionnaires, des organes de pouvoir ouvrier, d'autres institutions, émergent et se mettent en place, créant les conditions pour une société socialiste.


IV La situation actuelle :
Aujourd'hui, après toutes les trahisons et capitulations du XXe siècle, la sociale-démocratie et les réformistes ont atteint un tel niveau d'intégration aux institutions qu'ils en sont venus à ne même plus remettre en cause le système capitaliste. La dernière déclaration de principe du Parti Socialiste consacre l'abandon à la référence à la lutte des classes, après avoir accepté au début des années 90 l'économie de marché comme horizon indépassable, et après avoir mené depuis 1983 toutes les politiques libérales quand ils ont été au pouvoir, comme le gouvernement Jospin qui privatisa plus que les 2 gouvernements de droite précédents.
Les partis communistes, discrédités par le bilan désastreux du stalinisme, en sont réduits quand à eux à tenter de sauvegarder leur appareil, et pour cette raison refusent de rompre avec la sociale-démocratie, renonçant de fait eux aussi à tout changement social majeur.
D'autant plus que la base historique du réformisme, qui reposait sur des concessions économiques et politiques arrachées à une classe dirigeante en pleine croissance, est réduite à néant par la mondialisation capitaliste, la globalisation économique, la concurrence généralisée à l'échelle de la planète. Tous les acquis sociaux sont même remis en cause, un par un. Et le tout renforcé par la crise économique historique que nous vivons
On peut pour cette raison parler d'un réformisme sans réforme, et de social-libéralisme pour les partis socialistes, qui eux n'ont plus comme horizon que des aménagements du système.

Il est tout de même important de faire la différence entre le réformisme, théorie politique cohérente et organisée, visant au changement graduel et institutionnel de la société, et la lutte pour des réformes. Les travailleurs se battent quotidiennement pour des réformes, pour améliorer leur vie dans le cadre de ce système, pour arracher des augmentations de salaires, les femmes se battant pour leurs droits, les étudiants contre la libéralisation des lycées et des universités, les immigrés contre les lois racistes.
Les anticapitalistes et les révolutionnaires se doivent d'être présents au quotidien dans ces luttes, de les construire, même si elles ne posent pas de manière immédiate un changement de société et ne visent que des réformes immédiates. C'est la seule manière pour nous d'acquérir une légitimité et d'apparaitre utiles aux travailleurs et à notre camp social. Comment être en capacité d'appeler à la grève générale, sans même parler de la révolution, si l'on n'a pas la capacité ni la volonté d'aider un travailleur, un sans-papier, un étudiant sur des problèmes de base et concernant son quotidien ?
Il ne s'agit dont pas pour nous d'opposer un programme minimal (le programme des réformistes, cherchant uniquement les réformes immédiates) et un programme maximal, certains courants théorisant qu'il faut se désintéresser des luttes immédiates et ne se battre que pour la révolution ( le célèbre slogan de Mai 68 « Réforme = Chloroforme »), les réformes cautionnant le système …
Le plus cohérent étant de partir des besoins et des luttes quotidiennes des travailleurs et des jeunes, avec leurs revendications, pour faire le lien avec le système dans son ensemble et amener à la remise en cause de celui-ci par la généralisation des luttes.

...


Dernière édition par Marx (M) 68 le Sam 25 Juil - 17:18, édité 2 fois

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Re: Histoire : Du capitalisme au réformisme... Ou, réforme ou révolution.

Message  Marx (M) 68 le Sam 25 Juil - 17:15

Suite et fin...

V Les tâches des anticapitalistes :
L'Histoire nous montre que les grèves, les révoltes et les révolutions se déclenchent indépendamment de la volonté des organisations syndicales et politiques. Dans certaines situations, les contradictions sociales sont telles qu'elles amènent à une réaction en chaine et à des bouleversements majeurs. Une révolution peut se produire lorsque « ceux d'en haut ne peuvent plus gouverner comme avant, ceux d'en bas ne veulent plus être dirigés comme avant, et ceux du milieu, les classes intermédiaire, basculent en faveur de ceux d'en bas ».
Ainsi de Mai 68, choc entre le développement économique sans précédent des 30 Glorieuses, et le pouvoir bonapartiste, autoritaire et étouffant de De Gaulle, amenant la jeunesse et les travailleurs à se révolter. Ou le désastre de la Première Guerre Mondiale en Russie, avec la famine et la situation économique empêchant le tsar de garder le contrôle de la situation, et débouchant sur les deux révolutions de 1917.
Si les révolutionnaires ne peuvent pas prévoir ni déclencher de tels évènements, il importe qu'ils soient auparavant suffisamment implantés dans le monde du travail et la jeunesse, afin de pouvoir peser, être reconnus et influents, avoir une influence sur les évènements, permettre de consolider les grèves, et éviter qu'elles retombent.
Toujours à propos de Mai 68, lorsque le 28 mai, le pays était en grève générale depuis 2 semaines, qu'il n'y avait plus d'essence, que la circulation était assurée par les syndicalistes, l'Assemblée Nationale vide, De Gaulle en fuite à l'étranger, la police commençant à craquer, qui avait la possibilité dans une telle situation de poser la question du pouvoir vacant, de mettre en avant l'idée du renversement du gaullisme et du capitalisme, de coordonner les usines en grève, de mettre en place des organes de pouvoir populaire ? En l'absence d'une extrême-gauche suffisamment influente et reconnue (quelques groupuscules), c'est le Parti Communiste et son million de militants, la CGT, et dans une moindre mesure la sociale-démocratie, tous refusant de remettre en cause le système capitaliste, qui jouèrent de leur hégémonie dans la classe ouvrière pour forcer au retour à la normale et à la fin de la grève.
Il en fut ainsi aussi en 1936, au moment des grèves du Front Populaire, et à la Libération en 1944, lorsque dans un pays ruiné et sans aucunes institutions, alors que des grèves avec occupations se produisaient, le Parti Communiste accepta de se ranger derrière De Gaulle.

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